07.12.2009

Bassin du Congo: enjeu écologique et géostratégique du 21e siècle

La remontée de ce fleuve, c’était comme une remontée aux premiers commencements du monde, au temps où la végétation se déchaînait sur la terre, où les grands arbres étaient rois. Un fleuve vide, un vaste silence, une forêt impénétrable. L’air chaud, épais, lourd, léthargique. (…) On se perdait sur ce fleuve comme on le fait dans un désert (Joseph CONRAD, à propos du Bassin du Congo, source d’inspiration d’un chef-d’œuvre intitulé Au cœur des ténèbres, d’où sont tirées ces phrases… admirables).

congo_kisangani_river.jpg 

Au risque de donner l’impression de rendre un hommage hors de propos ou inopportun, surtout de la part d’un Africain (Congo-Brazzaville), je commencerai cette tribune en évoquant le souvenir, lointain, d’un personnage pour le moins controversé, et plutôt contrasté, donc un personnage dont on peut dire d’emblée qu’il n’est pas sans intérêt. De qui s’agit-il ? Allons à présent droit au but, et entrons pour ainsi dire dans le vif du sujet: indépendamment de tout jugement de valeur, Henry STANLEY, explorateur gallois de son état, est la première personnalité médiatique à avoir reconnu, au point d’en rester convaincu jusqu’à son ultime soupir, l’importance géostratégique du Bassin du Congo. Histoire de se rafraîchir la mémoire, les faits remontent à la fin du XIXe siècle, au plus fort de ces conquêtes coloniales entre-temps légitimées par la Conférence de Berlin [1]. Annonciateur des coups de canons et de fusils dont la région allait vibrer avec la plus forte des intensités, l’éclair de lucidité dont le sujet britannique a été l’objet, demeure d’une brûlante actualité en cette fin d’année 2009, et notamment en ces temps de réchauffement climatique pour les uns, de dérèglement climatique pour les autres, bref de menaces climatiques pour un nombre grandissant de personnes…

Congo1.jpgA la veille du Sommet de Copenhague [2], conférence planétaire dont l’ambition est de dissiper – optons pour cette formulation – les… menaces climatiques pesant sur les futures générations. D’ores et déjà, une question, cruciale et grave, se pose et s’impose. Dans un contexte de fébrilité croissante, cette question ne peut qu’être ainsi libellée: le Bassin du Congo ne serait-il pas, avec l’Amazonie, le « coupe-feu purificateur » d’une planète mise à mal par de très puissants pyromanes, qui ont aussi la particularité, au demeurant peu enviable, d’être des pollueurs indélicats ? En d’autres termes: le Bassin du Congo aurait-il désormais vocation à jouer les pompiers de service et/ou à devenir l’éboueur attitré de notre bonne vieille Terre ? Affaire à suivre…

Plus que jamais, au plus loin de ce fleuve Congo dont les flots aux reflets argentés tourbillonnent sous une chaleur des plus caniculaires, l’ombre particulièrement tenace du très coriace STANLEY plane sur le décor hivernal de la très scandinave ville de Copenhague. Avec je ne sais quelle insistance, il nous est comme chuchoté, et parfois même martelé: Il faut avoir le Congo à l’œil… Oui, en œuvrant désormais à dissiper le spectre des menaces climatiques actuelles et à venir, le fantôme de Sir STANLEY semble avoir douloureusement raison de s’obstiner à hanter le Sommet de Copenhague, probablement avec la même force qu’il avait contribué à hanter, souvenons-nous en, la… Conférence de Berlin. Oui, sous peine de désagréments préjudiciables aux futures générations, nous devons garder un œil vigilant, et dorénavant bienveillant, sur une région, atout de taille, appelée à jouer les premiers rôles en matière de sécurité environnementale. Et, dans la foulée, en matière de santé publique[3], ainsi que d’intégration et de cohésion sociales à une échelle mondiale. A cela, une raison de taille: le Bassin du Congo est, et demeure, avec l’Amazonie, le plus important écosystème forestier[4] dont nous disposons (encore). D’où la nécessité, vitale, de la préserver et, mieux, de le protéger: il y va de notre survie et, partant, de celle des générations futures. Faute de quoi, l’Afrique, dont on sait déjà que c’est une… bombe[5] à retardement, explosera, manière bruyante de rappeler qu’elle demeure ce pistolet[6] (prière de voir la forme du continent sur une carte) dont la gâchette se situe quelque part au cœur de la Forêt congolaise. Merci à tous, du moins au plus grand nombre, de prendre cette mise en garde au sérieux. Sinon…  

Congo2.jpgQuoi d’autre ? Je ne suis qu’un modeste médecin congolais (Brazzaville), personnage dont je ne sais même pas si le cri d’alarme, pour ne pas dire le « coup de gueule », peut porter bien loin. Cependant, le Citoyen de la Terre que je suis, se permet d’adresser une mise en garde, ainsi formulée: quand bien même les dirigeants des deux Congo, Brazzaville et Kinshasa, ne vont probablement pas attirer l’attention frénétique des médias à Copenhague, que la communauté dite internationale, si prompte à braquer ses caméras et objectifs sur des super-stars planétaires, se garde d’oublier le Bassin du Congo, dont on peut aujourd’hui affirmer, en prenant appui sur des faits probants, qu’il s’agit – excusez du peu – d’un trésor planétaire. Ceci dit et constaté, convenons d’une chose: à défaut de posséder un trésor en tant que tel, les Congolais n’en possèdent pas moins la… clé[7]. Et pour cause: le moment venu, leurs forêts, pour peu qu’elles soient préservées, auront vocation à approvisionner le monde en oxygène – cet oxygène bien plus précieux que ces milliards de dollars qu’on leur prête au compte-gouttes, si ce n’est à coups de lance-pierres -, tout en absorbant, telles des éponges d’une redoutable efficacité, le dioxyde de carbone excédentaire au point d’être délétère. Ce dioxyde de carbone excédentaire (cf. pollution à Mexico) dont ils ne sont en rien responsables. Mais, attitude légitime, dont ils ne veulent pas subir les néfastes conséquences sous forme de dérèglement climatique.

Platform1.jpgDe ce qui précède, il apparait clairement que le Bassin du Congo est l’un des plus importants enjeux écologiques, donc économiques et géostratégiques, de la planète. Selon toute vraisemblance, écologiquement parlant, le XXIe siècle sera… congolais, à défaut d’être amazonien, et il ne s’agit pas, alors pas du tout, d’une plaisanterie. Pour l’heure, cette évidence largement méconnue, comme du reste bien d’autres, ne saute pas aux yeux. Evitons toutefois de rester trop longtemps aveugle, sous peine de faire sauter la planète. Et ce message s’adresse surtout à ceux qui, avides de déforestation effrénée, se soucient en priorité de dynamiser leur économie, au risque de dynamiter notre écologie, ainsi que l'environnement qui en dépend, c’est-à-dire notre patrimoine commun...

Platform2.jpgAinsi m’apparait le Bassin du Congo en 2009, bientôt en 2010: un coupe-feu écologique et un contre-feu économique, un enjeu géostratégique, une incitation à la responsabilité et à la solidarité, une invitation au sursaut dans un monde en sursis, car en proie à des assauts quasi permanents de la part d’une nouvelle espèce de bêtes nuisibles[8], comprenons ces « pyromanes-pollueurs » qui n’en finissent pas, et loin s’en faut, de prospérer et de proliférer. Un peu comme de la mauvaise herbe, ou de la mauvaise graine, ce qui est pire…

En somme, sauf à vouloir faire payer une addition salée aux futures générations, une "petite" république équatoriale comme le Congo-Brazzaville n’a pas le droit, n’a plus le droit, de se soustraire à deux grands défis écologiques et environnementaux à relever. L’un à une échelle globale et mondiale, en contribuant positivement à la régulation climatique: c’est le rôle assigné à ses forêts, dont certaines ont l’avantage d’être marécageuses[9]. L’autre, non moins important, quoique crucial à une échelle locale: c’est la promotion d’un modèle de gestion globale et intégrée de ses déchets[10], sujet pour lequel je me passionne, et auquel je me consacre, sans relâche, depuis déjà un certain temps…

Michel ODIKA, en hommage à son Congo natal…     



[1]. Michel ODIKA. L’Afrique et son Mur de Berlin: de tabou à boutade. La Libre Belgique, le 23 novembre 2009.

[2]. Objet de deux articles intitulés:

-          Sommet de Copenhague: ordre de bataille contre ordre de pagaille

-          Sommet de Copenhague: accord impossible et fiasco inéluctable

     [3]. A tel point que, sens de l’anticipation oblige, je milite aujourd’hui en faveur d’une fusion des ministères de la santé et de l’environnement, tellement les enjeux de santé publiques et de sécurité environnementale sont imbriqués:

-          Harvard School of Public Health – Question about a project

-          Merging the ministries of health and environment

-          Pourquoi fusionner les ministères de la santé et de l’environnement?

-          Pourquoi et comment réformer le système de santé congolais ?

[4]. En plus de son écosystème forestier, la région dispose également des plus importantes réserves mondiales d’eau douce. Ce qui constitue un atout indéniable en termes de potentiel hydro-électrique (Barrages d'Imboulou, d'Inga et de Moukoukoulou), donc d’énergie renouvelable perçue comme alternative crédible aux énergies fossiles, dont la région regorge (pétrole et gaz naturel, exploités en off-shore au Congo-Brazzaville, dans les profondeurs abyssales du Golfe de Guinée. Pour le reste, je me garderai d’oublier l’énergie solaire, dont les efforts de promotion au Congo-Brazzaville remontent, cela mérite d’être souligné et salué, aux années… 1970, c’est-à-dire à une époque où, choc pétrolier oblige, de très puissantes multinationales préféraient miser sur les riches gisements pétroliers et gaziers du pays. L’occasion pour moi de rendre ici un hommage appuyé à un précurseur et initiateur, le Président Marien NGOUABI, assassiné en 1977 dans l’exercice de ses fonctions, à peine quelques heures après avoir assisté à une réunion universitaire sur… l’énergie solaire. Gardons-nous également d’oublier le potentiel en énergie éolienne dont peuvent se prévaloir les deux Congo, pays où chaque pluie torrentielle est précédée par ce qui, à s’y méprendre, s’apparente, sans toutefois en porter le nom, à une tempête tropicale des plus violentes. Ceci dit et constaté, le Bassin du Congo reste une terre de violence, géographiquement et historiquement parlant…  

[5]. Soit dit en passant, la célébrissime bombe atomique larguée à Hiroshima, en 1945, doit son existence à de l’uranium extrait dans une mine du Katanga, province de ce qui était alors le Congo dit belge. Et dont nombre d’experts, autrement dit des gens plutôt sérieux, s’accordent à reconnaitre qu’il s’agit –excusez du peu – d’un… « scandale géologique», du fait des minerais hautement stratégiques qu’on y trouve. Notamment, outre l’uranium, le cuivre, le zinc, le cobalt, le manganèse… Ce qui, revers de la médaille, tend à compromettre gravement toute perspective de paix, de sécurité et de stabilité durables dans ce pays. Tant il suscite convoitises et machinations en tout genre, au point d’être ni plus ni moins qu’un champ de confrontation, alors parmi les plus impitoyables, entre les grandes puissances, actuelles et à venir… Rien de bien surprenant, dès lors, que SEULES les régions minières du Congo-Kinshasa voient proliférer et prospérer des groupes armés et autres mouvements sécessionnistes. Dont on n’a jamais pu, comme par hasard, identifier avec précision – tellement les ramifications en sont complexes – les sources de financement et/ou d’armement. Mais dont on sait que les sources de financement et/ou d’approvisionnements en armes ne peuvent pas se situer en… Afrique. Soyons réalistes: ni le Niger (autre pays riche en uranium) ni le Nigéria (riche en pétrole), pour se limiter à ses deux exemples plutôt emblématiques, ne sont financièrement riches ni ne fabriquent des armes (pas même sous une quelconque licence). Alors ?

[6]. L’image du « pistolet » et de la « gâchette » est celle, pertinente et percutante, d’un fin stratège, lui-même originaire de la très dense Forêt congolaise (province de l’Equateur). Il s’agit du Président MOBUTU (1930-1997). Aussi étrange et troublant que cela puisse paraître, les analyses de MOBUTU et celles de STANLEY au sujet du Bassin du Congo, se situent à… exactement un siècle d’intervalle (années 1870 pour STANLEY, années 1970 dans le cas de MOBUTU). Décidément, le Bassin du Congo, pour avoir également inspiré l’œuvre de Joseph CONRAD (Au cœur des ténèbres) restera une source intarissable d’inspiration. Toute une histoire…

[7]. Thématique dont la problématique est abordée dans un bref article intitulé Pessimisme ambiant: contre-feux et antidotes.

     [8]. Probablement la pire qui ait jamais existé, dès lors que, contrairement aux fauves les plus féroces, cette espèce (répétons-le, nuisible) peut causer des dommages à l’environnement en dehors de toute nécessité et utilité, notamment celles, vitales, de se nourrir pour ne pas mourir, préférant parfois se nourrir  dans le seul dessein de faire souffrir, ou encore jouir d’un plaisir pour le moins douteux… Notons aussi que, à l’instar des fauves (encore eux, décidément), les crocodiles de je ne sais quelle jungle (les véritables jungles sont souvent plus urbaines que forestières) tuent uniquement pour s’alimenter ou, à défaut, en réponse à ce qu’ils perçoivent comme une menace (vitale). En quoi ils se différencient, ou se distinguent, de certains humains étiquetés comme étant « civilisés », tout en étant capables, comble de paradoxe, de tuer dans le seul but, malsain, de s’amuser ou de « se distraire », notamment durant ce « passe-temps » écologiquement irresponsable, criminel et plutôt imbécile, connu sous le nom commercialement accrocheur de safari. Inutile d’en dire davantage, au risque de s’éloigner du sujet…

[9]. Emblématiques de la Cuvette congolaise (terre de mes ancêtres), les forêts marécageuses ont l’avantage d’absorber le dioxyde de carbone par un double mécanisme, c’est-à-dire: à partir des arbres (feuilles) et de la flore marécageuse, tant en surface qu’en profondeur. Autant dire qu’il s’agit d’un joyau à préserver, et j’entends m’y atteler…

[10]. Les enjeux et défis en matière d'assainissement font que je m’intéresse en particulier à la:

-          Gestion alternative et évolutive des déchets

-          Gestion optimisée et sécurisée des déchets

-          Gestion écologique et économique des déchets

 

 

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